La boulangerie tractée FOUGA
Historique
La conception de fabriquer du pain au plus près des troupes grâce à un matériel roulant est déjà réalisé avant la Première Guerre Mondiale sous le nom de « boulangerie roulante ». Mais l’entretien coûteux des « fours locomobiles » et la tournure que prennent les évènements fin 1914 font préférer les fours fixes ou démontables « type Godelle ».
Un projet de matériel roulant réapparaît dans les années 30. A la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, en 1938 (instruction sur l’intendance en campagne) dans la « boulangerie de campagne » de nouveaux matériels sont conçus. Fabriqués par la société FOUGA de Béziers, ils sont mis en service au début 1940. A l’Armistice l’armée Allemande réutilise à son profit les quelques exemplaires en état. Mais la construction continue et les unités sont camouflées dans les Chantiers de Jeunesse.
Pour les unités de boulangerie type FOUGA mise en service en Afrique du Nord, elles servent dans la campagne d’Italie au sein de la Section Autonome de Boulangerie Tractée n° 352 (SABT 352) puis dans la campagne de France comme unité de réserve générale de la 1ère Armée. Deux unités de FOUGA sont présentes au défilé de la victoire à Paris le 18 juin 1945. Ces matériels sont retirés du service progressivement pendant les années 60 avec la mise en place des nouveaux matériels SUJOL.
Doctrine d’emploi
Au sein de la Compagnie de Fabrication de Pain (CFP) unité de réserve générale, l’unité élémentaire tactique est la Section de Fabrication de Pain (SFP).
Trois Sections de Fabrication de Pain avec une section de commandement composent la CFP.
Chaque SFP peut être utilisée séparément.
Les inconvénients qui ont fait abandonner ces matériels sont :
- le poids des remorques qui nécessite un tracteur puissant avec une vitesse de déplacement lent, un rayon de braquage limité et une installation impossible sur un terrain sommaire.
Composition d’une SFP
Personnels :
1 officier, 4 sous officiers, 36 hommes divisés en 3 équipes de boulangers et une équipe de chauffeurs.
Matériels :
1 remorque fournil FOUGA + camion
2 remorques fours FOUGA + camion
1 remorque citerne eau 1500litres + camion
2 camions avec remorque pour le transport des personnels et du matériel.
Description technique
Remorque four FOUGA modèle 38
Châssis surbaissé à braquage limité
Poids 6,9 tonnes – longueur 6,5 m – largeur 2,3 m – hauteur 2,5 m – garde au sol 0, 395 m – rayon de virage 7 m.
Le four : caisson double à paroi métallique avec un calorifugeage en laine de roche (épaisseur 8 cm) est à double soles. Le foyer vertical permet le chauffage des chambres de cuissons par l’intermédiaire de tubes à vapeur. Le chauffage à l’origine est au bois ou au charbon puis au mazout ou à l’essence qui ne donna pas entière satisfaction.
Les deux chambres de cuisson (2,90m x 1,45m) sont superposées. La transmission de la chaleur aux chambres de cuisson est assurée par 4 nappes de 18 tubes encadrant les 2 chambres de cuisson.
Le système de production d’eau chaude :
2 réservoirs à eau froide de 125 litres et 1 réservoir à eau chaude de 170 litres peuvent se relier entre eux. Le réservoir d’eau chaude communique avec le système d’alimentation des appareils à buée.
Mise en place sous une tente baraque type 1904 côté pignon.
Capacité de production par fournée :
50 pains boules de 1kg, ou 35 pains couronne de 1kg, ou 85 pains parallélépipédiques de 500g
Production maximale :
Pour deux fours – 110 x 2 = 220 kg. Pour 24 heures : 220 x 18 fournées =3960 kg soit 7920 rations.
Mise en température 4 h 30 à 5 heures. Température de cuisson 250°.
Remorque fournil FOUGA modèle 38
Comme la remorque four elle est à châssis surbaissé et à braquage limité.
Elle contient tous les accessoires nécessaires pour le pétrissage, la fermentation et le façonnage des pâtes à l’origine.
Poids 4,7 tonnes – longueur 7 m – largeur 2,30 m – hauteur 2,65 m – rayon de virage 6,5 m.
La cabine :
Partie avant – pétrin à cuve basculante 420 litres permet le pétrissage de 310 kg de pâte entre 25 et 30 minutes.
Partie arrière – aménagée en salle de travail et de fermentation des pâtes
Caractéristique d’emploi
Mise en place sous une tente baraque 1904 à 4 mètres environ des fours, la glissière à pannetons en position.
Raccordement électrique 12 / 24V
Fonctionnement du pétrin par moteur Bernard ou moteur électrique.
Pierre EVENO – mars 2010
La galerie d'images nécessite au moins la Version Flash 9.0.28!
Veuillez installer la dernière version de FlashPlayer.
Sur le ton de "sauvez le soldat RYAN"
Au mois de février 2010, nous avons été contacté par le Lieutenant Colonel André-Pierre CHOEUR Directeur de la Formation Militaire à l'EMSAM ( Ecole Militaire Supérieure d'Administration et de Management ) de MONTPELLIER (34). Nous avons appris que l'école fermait hélas définitivement au mois de juillet 2010 après de longues années d'existence et que dans les réserves de l'école se trouvait une boulangerie militaire tractée FOUGA modèle 1938 composée d'une remorque fournil et d'une remorque four, le tout avec tous les accessoires. Elle se trouvait en cet endroit en position "matériel mobilisation" depuis 1947. Il nous était proposé de sauver cette boulangerie de la destruction envisagée, si on ne lui trouvait pas de repreneur sérieux. Le Ministère de la Défense, par la voix du service historique des armées ayant autorisé cette donnation, nous avons accepté la mission. L'AFCVM est en effet réputée pour avoir toujours restauré et entretenu les nombreux matériels ayant fait l'objet d'une cessation gratuite de la part du Ministère de la Défense et ce dés la naissance de l'AFCVM en 1975.
Une reconnaissance a été effectuée en mars 2010, pour voir de prés ce matériel rare et pouvoir envisager son rapatriement en Eure et Loir.
Le 28 avril 2010, l'opération a eu lieu sur porte-char et s'est effectuée sans encombre. La boulangerie est arrivée chez nous. Les deux remorques souffrent d'une légère corrosion extérieure car au fil des ans, elles n'ont pas toujours pu être stockées sous abri.
Equipées de tous les accessoires de travail et avec des intérieurs à l'état neuf, les deux remorques composant la boulangerie militaire tractée attendent leur restauration, qui commencera par la partie extérieure.
Ce modèle de boulangerie est particulièrement rare et je n'en connais aucun autre exemplaire existant. Il était donc indispensable qu'elle puisse être sauvée.
Je profite de ces quelques lignes pour remercier sincèrement le Lieutenant Colonel CHOEUR et le Commissaire Général Jean Marc MALLET commandant l'EMSAM de MONTPELLIER (34) sans lesquels rien n'aurait été possible.